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dimanche 27 février 2011

L'Attrapeur de Libellule – Boris Akounine – Retour aux sources

Après deux romans en demi teinte (la Maîtresse de la mort et l'Amant de la mort) pour lesquels l'exercice de style semblait avoir pris le pas sur le récit, voici les nouvelles aventures d'Eraste Fandorine, le héros emblématique de Boris Akounine. Disons-le tout de suite, j'ai retrouvé dans l'Attrapeur de Libellule ce qui fait le charme cette série de romans policiers : des personnages attachants, des intrigue originales « à l'ancienne » et un contexte historique intéressant.

Ce livre contient deux récits qui se déroulent à plusieurs années d’intervalle, la deuxième permettant de comprendre le dénouement de la première. Ceux qui suivent les aventures d'Eraste et de son fidèle Massa depuis plusieurs années découvriront avec plaisir l'explication de plusieurs traits caractéristiques de leur héros préféré. La plus grande partie du roman se déroule au Japon au début du dix neuvième siècle et cela participe grandement au charme. On y découvre un Japon qui s'ouvre au monde occidental et un contexte culturel et géopolitique qui laissera des traces indélébiles dans le cœur d'Eraste Fandorine.

Ce retour aux sources est-il pour autant un sans faute de la part de Boris Akounine ? Presque...J'ai en effet trouvé que le rythme était parfois un peu lent et et que les passages romantiques ne sonnaient pas toujours très juste. Boris Akounine est plus doué pour les romans policiers que pour les histoires d'amour...

Il n'en demeure pas moins que l'Attrapeur de Libellule est un très bon cru que j'ai lu avec grand plaisir. Il n'atteint pas le niveau d'Azazel ou Leviathan mais il permet de découvrir des facettes cachées d'Eraste Fandorine et on attend avec impatience les volumes suivants de ses aventures !

Les plus : Une intrigue classique dans un contexte exotique et original. Des explications que les amateurs des aventures d'Eraste Fandorine attendaient...
Les moins : Une facette romantique qui bien que traitée avec une très grande discrétion n'en réserve pas moins ce tome aux plus grands.

Ma note : 4/5
A partir de 16 ans

L'Attrapeur de Libellules
Boris Akounine
Presses de la Cité
ISBN : 978-2742793204

dimanche 6 février 2011

Où j'ai laissé mon âme – Jérôme Ferrari – Dommage...

Où j'ai laissé mon âme, un très beau titre pour un livre qui n'est malheureusement pas à la hauteur du sujet abordé : la torture durant la guerre d'Algérie. Le récit de Jérôme Ferrari aborde ce thème au travers de la confrontation à distance de deux officiers français qui se sont connus durant la guerre d'Indochine et qui se trouvent confrontés à la torture dans la cadre de la lutte contre les attentats aveugles du FLN. Le lieutenant André Degorce l'utilise mais cela le brise et le détruit car c'est une situation qu'il subit, n'ayant pas la force de la refuser. Cette dualité intérieure le poussera même à un dialogue « soumis » avec Tahar, le commandant de l'ALN qu'il vient d'arrêter. Horace Andreani, quant à lui, n'a pas de cas de conscience : pour lui, la lutte contre le terrorisme justifie la torture car une course contre la montre est engagée.

Le récit, malgré quelques beaux passages, tombe dans la caricature. André Degorce est un catholique qui n'a pas la force de ses idées dont la relation ambiguë avec Tahar n'est malheureusement pas expliquée. Pourquoi se sent-il attiré par cet homme responsable de tant de morts ? Pourquoi tient-il tellement à nouer une relation aussi déséquilibré qui frôle souvent la soumission ? Cette aspect des choses n'est absolument pas abordé par l'auteur et cela ôte une grande partie de l'intérêt du roman. L'attitude de l'officier n'est pas crédible, voir incompréhensible. C'est bien dommage car une véritable confrontation entre les deux hommes aurait pu donner une autre dimension au récit. Quant à Andréani, la violence du personnage empêche toute analyse en profondeur du personnage.

Le plus regrettable est que le récit, présenté comme la confrontation entre deux hommes au sujet de la torture en temps de guerre, est d'une totale subjectivité. Les deux officiers subissent les mêmes situations et leurs actes sont les mêmes. Seules leurs pensées diffèrent... Aucun des deux n'a finalement la grandeur d'âme que l'on espérait...Ils sont faussement différents. L'attitude et l'honneur de l'immense majorité des officiers et soldats français ayant servi la France en Algérie est totalement occultée. Bizarrement, la torture, le terrorisme et les massacres perpétrés par le FLN, bien qu'évoqués ne sont jamais condamnés. Ils sont occultés par le regard bienveillant de Tahar, vieux sage de l'ALN attirant à lui sans raison le capitaine Degorce.

J'attendais beaucoup de ce livre, j'ai été déçu...J'ai vraiment eu le sentiment d'une occasion gâchée. Ce qui aurait pu être un exceptionnel récit restera malheureusement un roman au goût d'inachevé. Pourquoi Jérôme Ferrari n'est-il pas allé au bout de sa démarche ?

Les plus : Un thème difficile et courageux...
Les moins : Gâché par une trop grande partialité...A quand la fin du « historiquement correct » ?

Ma note : 2/5
A partir de 18 ans

Où j'ai laissé mon âme
Jérôme Ferrari
Actes Sud
ISBN : 978-2742793204