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mercredi 21 mai 2014

Len Deighton - Le Réseau Brahms - Charme anglais

Bernard Samson est un espion britannique chargé de comprendre pourquoi l’un des plus célèbres réseaux opérant en Allemagne de l’Est semble subitement connaître des soubresauts qui pourraient mener à sa disparition. Lorsqu’une taupe est découverte au sein à Londres au sein de services secret, tout s’accélère et il va se trouver confronté à une réalité dépassant ce qu’il aurait pu imaginer.

Le héros de Len Deighton est très éloigné du plus célèbre espion de sa Majesté 007. Ici, nul gadget, nul voyage exotique, seulement un jeu de dupe entre Londres, Berlin et Moscou et, pris dans la toile,  des agents essayant de savoir qui manipule qui dans ce monde d’illusion.

J’ai beaucoup aimé Le Réseau Brahms. Len Deighton est un auteur britannique né en 1929  qui a publié des romans d’espionnage mais aussi des récits historiques. Dans un style que l’on pourrait comparer à John Le Carré, il entraine le lecteur dans un scénario qui nous renvoie à cette époque pas si lointaine de la guerre froide et nous fait découvrir ce monde très particulier qu’était Berlin, ville qui reflétait à elle seule la confrontation est-ouest d’alors. Les personnages sont au cœur de l’histoire, ils ne sont pas si différents de vous et moi et c’est un trait caractéristique des héros de Len Deighton qui poussa même l’exercice jusqu’à un écrire des romans dont le nom du personnage principal n’apparaît jamais. C’est par exemple le cas dans le célèbre Dossier Ipcress, qui fut porté à l’écran dans les années 70 avec Michael Caine. C’est bien écrit, j’ai apprécié les dialogues ciselés et les touches d’humour britannique même si certains trouveront peut-être le rythme un peu lent…C’est là un effet secondaire négatif de la lecture de thrillers américains qui enchaînent les rebondissements à chaque chapitre. Je le dis d’autant plus simplement que je suis moi-même un lecteur de ce type d’ouvrages que j’apprécie aussi.

Le Réseau Brahms est donc un livre que je recommande même s’il n’est malheureusement plus édité en France. N’hésitez pas à le chercher dans les vide-greniers de l’été ou plus simplement sur internet. Je pense que vous tomberez sous le charme britannique de ce livre et achèterez ensuite les deux autres volumes de la trilogie écrite par Len Deighton, Mexico Poket et London Match, qui apparaissent dans la liste des « Top 100 Mystery Novels of All Time » publiée en 1995 par l’association américaine « Mystery Writers of America ».

Les plus : Un roman d’espionnage à l'ancienne, tout public, bien écrit et aux dialogues ciselés. Il mériterait de faire partie des « classiques »...
Les moins : Rien si ce n'est peut-être le rythme que certains trouveront peut être un peu lent...

Ma note : 8/10
A partir de 15 ou  16 ans.

Le Réseau Brahms
Len Deighton
Presses Pocket
ISBN : 978-2266020121

mercredi 7 mai 2014

Michael Connelly - Ceux qui tombent - Un Harry Bosch comme on les aime...

Harry Bosch est un inspecteur de la Police de Los Angeles. Il s'occupe d'affaires anciennes non résolues dont on rouvre le dossier en espérant que les progrès scientifiques, notamment en termes d'analyse d'ADN, permettront de trouver enfin le coupable. C'est ainsi qu'il se voit confié le viol et le meurtre d'une jeune fille : la trace de sang retrouvée sur son corps a parlé. Problème : l'ADN correspond bien à un prédateur sexuel déjà condamné pour d'autres délits mais celui-ci avait 8 ans à l'époque des faits. Est-ce une erreur du laboratoire d'analyse ? Les inspecteurs en charge de l'enquête ont-ils commis une faute ? A peine a-t-il reprit le dossier qu'il est appelé sur une scène de crime. Le fils d'un des plus importants conseillers municipaux de Los Angeles a été retrouvé mort au pied d'un des célèbres hôtels de la ville. Le père de la victime souhaite que Harry Bosch mène l'enquête. Pourtant, ils se sont affrontés de nombreuses fois dans le passé...

ll m'a suffit de lire quelques pages de « Ceux qui tombent » pour me souvenir a quel point la réputation de Michael Connelly est justifiée. Il reste l'un des grands noms du polar, surtout lorsque son héros emblématique est à l'affiche. J'ai retrouvé Harry Bosch avec grand plaisir. L'accompagner dans ses enquêtes est toujours aussi intéressant. C'est efficace, réaliste, quasi documentaire et donc parfois dur, même si l'auteur, contrairement à beaucoup d'autres, ne s’appesantit jamais sur les détails morbides des scènes de crime et ne se complet pas dans la violence. Le récit ne souffre d'aucun temps mort même lorsque c'est la vie privée de l'inspecteur qui est évoquée. Il prend son rôle de père très à cœur et mesure les risques qu'il encourt dans le cadre de son métier. C'est un homme intègre, avare de paroles, un peu en marge du monde dans lequel il vit, et qui n'a qu'une ligne de conduite : « tout le monde compte, tout le monde ou personne ». Les enjeux politiques n'ont que peu de sens pour lui...

« Ceux qui tombent » n'est cependant pas sans reproches. Les deux enquêtes sont très peu liées et auraient presque pu faire l'objet de deux récits indépendants. Il y avait suffisamment de matière pour justifier un polar en deux volumes. Du coup, j'ai eu l'impression que Michael Connelly a précipité le dénouement au détriment de l'intrigue afin de terminer son manuscrit en un nombre raisonnable de pages. C'est dommage, c'était presque un sans faute...

Ce dernier commentaire ne doit surtout pas vous faire oublier l'essentiel. « Ceux qui tombent » est un excellent polar que j'ai eu du mal à lâcher. Il est cependant réservé aux plus grands car même s'il est traité de manière très professionnelle est sans complaisance aucune, le thème des prédateurs sexuels évoqué dans la deuxième enquête n'est pas des plus légers...

Enfin, ceux qui suivent les aventures de Bosch depuis ses débuts apprécieront d'autant plus le récit qu'ils y croiseront des personnages secondaires rencontrés dans d'autres romans de l'auteur et comprendront d'autant mieux l'attitude, les propos et les réactions du héros. Harry Bosh est l'un des ces personnages auxquels on s'attache au fil des pages...

Les plus : Le plaisir de retrouver Harry Bosch, le réalisme des enquêtes, des personnages à taille humaine, aucune longueur.
Les moins : La fin un peu précipitée.

Ma note : 8/10
Pour adultes en raison du thème abordé, pas de la manière dont il est abordé.

Ceux qui tombent sur Amazon.com
Michael Connelly
Editions du Seuil
ISBN : 978-2020488822

jeudi 1 mai 2014

Deon Meyer - Les Soldats de l'Aube - Déception...

Un homme est retrouvé mort, exécuté par une balle de M16 après avoir été torturé. La cause du meutre ? Le contenu de son coffre fort retrouvé vide. Zet van Heerden, un ancien inspecteur des Vols et Homicides mène l'enquête afin de retrouver le testament qui permettra à l'amie du défunt de bénéficier de l'héritage.

Deon Meyer fait partie de ces auteurs de polars cités comme faisant parti des meilleurs au même titre que Michael Connelly par exemple. N'ayant lu aucun de ses livres, je souhaitais corriger cette erreur et ai donc acheté l'un de ses premiers romans policiers.

Les Soldats de l'Aube est un polar construit autour de deux récits qui alternent un chapitre sur deux. Le premier, à la troisième personne, suit l'enquête de l'ancien
policier. Elle l'amènera à croiser d'anciens soldats au passé trouble et le ramènera plusieurs décennies en arrière lorsque l'Afrique du Sud était en guerre contre l'Angola. Bien que très noirs, ces passages sont bien construits. Deon Meyer a créé des personnages à taille humaine, parfois attachants, loin des héros « parfaits » des thrillers américains. Zet est un homme torturé, blessé par la vie et qui s'accroche à son enquête comme à une bouée de sauvetage. On découvrira pourquoi dans le deuxième récit, écrit à la première personne, qui relate l'enfance de l'ancien inspecteur et ses premières années dans la police. Et là, tout se gate : on tourne les pages en se demandant ce que l'auteur a en tête... Le passé du héros se résume à un enchaînement d'expériences bien plus sexuelles (et explicites) que sentimentales. C'est lent, c'est glauque et c'est long. Ce n'est qu'au bout de plusieurs centaines de pages que l'on comprend où Deon Meyer souhaite nous mener. Malheureusement, c'est trop tard. Le sentiment de gâchis est déjà là et les derniers chapitres ne changeront rien à cette impression.

Je n'en dirai pas plus, je vais m'empresser d'attaquer un autre livre, un policier plus classique dont je vous parlerai prochainement...

Les plus : La personnalité « creusée » des personnages. Un polar qui se déroule en Afrique du Sud, loin des auteurs américains les plus connus.
Les moins : Autant les chapitres consacrés à l'enquête sont intéressants, autant ceux consacrés à la jeunesse de l'auteur sont affligeants...à croire que le passé du héros se résume à ses expériences sexuelles. Le côté malsain de certains personnages secondaires qui n'apporte pas grand chose au récit est aussi à noter.

Ma note : 4/10
Pour adultes.

Les Soldats de l'aube sur Amazon.com
Deon Meyer
Editions du Seuil
ISBN : 978-2020488822

samedi 15 mars 2014

Suzanne Collins - Hunger Games - Tome 1 - Succès mérité

Hunger Games est une série en 3 tomes destinée aux adolescents et vendu a plus de 26 millions d'exemplaires. En ayant eu des échos très différents, j'ai décidé de la lire afin de me faire ma propre idée...et j'en comprends maintenant le succès.

Le récit se passe dans une Amérique futuriste dévastée par des catastrophes climatiques. Un régime totalitaire, le « Panem » a émergé du chaos et ses dirigeants règnent sans pitié sur 12 districts qui fournissent chacun une source d'énergie au Capitol, la région où se trouve l'élite riche et puissante. 

Quelques décennies avant le début de l'histoire, les Districts se sont révoltés contre le Capitol mais ont été écrasés et survivent aujourd'hui dans un état de semi-esclavage. Chaque année, pour rappeler sa puissance, le pouvoir central organise les Hunger Games. Deux enfants sont alors tirés au sort dans chaque District. Ces vingt-quatre victimes vont alors s'affronter jusqu'à la mort dans un arène naturelle sous les caméras de la télévision nationale. Katniss Everdeen, est l'une d'elles. Elle s'est portée volontaire pour prendre la place de sa petite sœur que le sort avait désignée.

Difficile de voir dans ce scénario un livre pour adolescent...Ceux ci ne verront sans doute dans le récit que la lutte de Katniss pour survivre et sa volonté de rester elle-même sans tomber dans la barbarie dans laquelle le système essaie de la pousser. A ce titre, elle est une véritable héroïne tournée vers les autres. Il n'en demeure pas moins que la violence sous-jacente au scénario est bien présente même si Suzanne Collins évite clairement le piège des descriptions macabres. Le côté machiavélique du Capitol est omniprésent : le District qui gagnera ne manquera par exemple de rien pendant un an, la population peut parier sur les enfants qui s'affrontent, des sponsors peuvent financer des aides (armes, médicaments, …) pour les participants qui doivent pour cela convaincre qu'ils ont des chances de vaincre en mentant sur leurs sentiments, etc...Tout cela peut générer de situations complexes et des questions peu adaptées aux plus jeunes. Il existe donc un deuxième niveau de lecture : la critique par l'auteur des dérives de notre société, de la télé-réalité, du pouvoir de l'argent qui peut décider de la vie ou de la mort de certains, de l'individualisme et du manque de courage des gens, ou encore de la manipulation des populations. Des sujets plus pour des adultes que pour des enfants.

Avant de conclure, un mot du style de l'auteur ? Standard...ce n'est pas pour l'écriture que vous achèterez ce livre mais ça, vous le saviez déjà !

J'ai trouvé ce premier tome de Hunger Games passionnant. Il est réellement difficile de poser le livre avant de l'avoir terminé mais il doit être réservé aux plus grands pour les raisons évoqué plus haut. Je dois avouer que j'ai hâte de lire la suite...mais j'ai quitté l'adolescence depuis quelques temps déjà (si, si...).

Les plus : Un scénario original et très prenant, une héroïne attachante avec de vraie valeurs, au delà du thriller, une critique des dérives de notre société.
Les moins : La violence et la noirceur du sujet, le style d'écriture assez banal.

Ma note : 8/10
A partir de 16 ans.

Suzanne Collins
Editions Pocket Jeunesse
ISBN : 978-2266182690

William Brodrick - Couleur de cendres - Une vie à l'Est...

Le Père Anselme est un ancien avocat entré dans les ordres. Il reçoit un jour la visite d'un ami d'enfance qui lui demande d'aider Roza, une polonaise qui fit partie dans le passé des mouvements de résistance au communisme. Arrêtée a deux reprises pour avoir été proche d'un mystérieux écrivain appelé le « cordonnier », elle semble liée par un lourd secret a son ancien bourreau qu'elle refuse aujourd'hui de dénoncer...Faut-il oublier le passé pour construire l'avenir ?


On pourrait qualifier Couleur de cendres de thriller psychologique. La qualité du scénario est en effet fortement lié à la personnalité des personnages et à leur vie que nous découvrons au fil des pages. Les notions d'amour et de haine, d'amitié, de trahison et pardon sont au cœur de l'intrigue. Cette plongée dans la Pologne des années 50 à nos jours nous fait découvrir ce que fut la vie des habitants sous le régime soviétique et comment certains luttèrent non pas par les armes mais par les idées qu'ils diffusaient au travers de revues clandestines. Ils étaient alors traqués et torturé afin qu'ils dénoncent leurs amis. La confiance se mélangeait à la méfiance, les gens se trouvaient face à des choix impossibles et seule l'espérance d'un avenir meilleur les faisait tenir. Tout cela est parfaitement décrit par William Brodrick. 


Couleur de cendres est un livre que j'ai lu avec plaisir. Mêlant histoire et enquête policière, le scénario se démarque de ce que l'on connaît habituellement. Plus lent, il s'attarde sur les personnages dont la grandeur ou la noirceur se dévoile peu à peu. Nul n'était tout blanc ou tout noir dans cette époque troublée qui suivit la deuxième guerre mondiale. Je dois cependant dire que la démarche de Roza dont je ne peu rien dire sans trop dévoiler l'intrigue m'a longtemps paru incohérente et ce faisant m'a ôté une partie du plaisir de lire. Cette sensation a disparu dans les derniers chapitres.

Une intrigue originale dans un contexte historique peu exploré, le tout porté par des personnages que William Bordrick s'attache à décrire en profondeur donne à ce récit une dimension particulière qui m'a beaucoup plu. Un autre livre de l'auteur m'attend d'ailleurs déjà dans ma bibliothèque...

Les plus : L'originalité du contexte historique : la Pologne avant la chute du communisme, des personnages dont la personnalité est vraiment creusée par l'auteur, un livre dont le héros est un moine, un récit moralement inattaquable.
Les moins : L'attitude de Roza qu'on a du mal à comprendre durant une bonne partie du récit...Même si on en comprends ensuite la raison, cela génère une certaine frustration.

Ma note : 7/10
A partir de 16 ans.

Couleur de cendres sur Amazon.com
William Brodrick
Editions des Deux Terres
ISBN : 978-2848931388